Damien Dion
Le Lettrisme hier, aujourd'hui et demain :

"...Cependant, une brève analyse suffit à ne voir dans les pratiques et les conceptions de l'I.L qu'un ensemble de succédanés du Dadaïsme berlinois (usage du "détournement" —c'est-à-dire du collage— à des fins subversifs et politiques, à l'instar de Baader, Hausmann, Grosz ou Heartfield), du Surréalisme (les "dérives psychogéographiques" de l'I.L rappelant de manière troublante les promenades surréalistes au hasard des rues), ainsi qu'un Marxisme révolutionnaire maladroitement mélangé aux théories d'Isou sur le Soulèvement de la Jeunesse.La fondation de l'Internationale Lettriste n'est que le point de départ d'une succession de dissidences, toutes éphémères, qui jalonnèrent les années 1950..."

Elise Léger-Kermarec
Swing, peinture lettriste, 1947 :

"...cette œuvre propose un éventail des possibilités d’emploi de la lettre en peinture. Signifiante ou étonnante (en ne renvoyant qu’à elle-même et à  ses possibilités de sonner voire aussi d’évoquer sans recourir au discours) elle permet de délivrer un message précis, autant que d’apporter un matériel de base propre à l’organisation d’un ensemble riche,  formellement  complexe et varié et ne s’appuyant pourtant que sur ses propriétés données. La lettre remplit ses fonctions d’objet précisément à toutes les échelles possibles en peinture selon divers modes d’assemblage, allant de la lettre simple aux variations par combinaison des éléments sources de molécules picturales neuves et jusqu’à son ordonnance logique, ici aménagées de façon à structurer l’espace et donc la lecture..."

Alain Satié
Le Dialogue ouvert, photographies sonores, observations :

"...Si les visiteurs du site décident de ne pas s’exprimer, de rester muet devant ces œuvres photographiques, leur décision relève quand même d’un acte provoqué : donc d’une prise de décision volontaire ; dans ce cas les photographies dialoguées ont quand même le mérite d’avoir incité cette décision — même négative, voire même nihiliste —, qui est déjà en soi une prise de position, une réaction contre l’œuvre et avec elle, corollairement, la réussite de l’œuvre..."


Sylvain Monségu
Individu, société, externité :

"...Car il y a bien à la base de l’économie nucléaire un princeps libéral et libertaire, que même un Marx n’aurait sans doute pas désavoué : aux antipodes d’un collectivisme abstrait et d’une analyse en terme de classes sociales en lutte, Isou renoue avec l’individu comme agent économique et réalité sociale, mais son sujet de référence n’est ni l’ouvrier, ni le salarié, ni le rentier, ni l’entrepreneur, il n’a pour lui que la gratuité d’une force de travail sans statut reconnu, extérieur au marché organisé, c’est l’externe « qui s’agite et lutte pour obtenir la place qu’il désire »..."


Eric Monsinjon
L'esthétique d'Isidore Isou :


"...Cette question aux résonances kantiennes est d’une grande profondeur, y répondre revient à soulever certaines incompréhensions. Sans doute est-ce parce qu’Isou élimine d’emblée toutes les considérations générales sur le goût que cela a pour effet d’irriter les défenseurs de la subjectivité en matière d’art. Cela ne surprendra nullement les êtres imprégnés de culture avant-gardiste et pourra même sembler naturelle. Mais il est un point sur lequel les détracteurs d’Isou se rejoignent, celui qui consiste à critiquer sa condamnation des conceptions philosophiques plus structurées. En effet, il dénonce violemment les visions des spécialistes de l’esthétique, qui malgré leur hauteur spéculative, demeurent infiniment « subjectives » et « insuffisantes »..."