revue TOTH

07 septembre 2016

TOTH #04 En scène/Hors scène

Après cinq ans d'absence, le numéro 4 de la revue Toth, "antipériodique lettriste" est enfin sorti !
Ce numéro est consacré aux rapports entre le lettrisme et le corps, la danse et le théâtre, avec un texte d'Isidore Isou sur l'art corporel lettriste et des oeuvres de Hugo Bernard, Philippe Broutin, Anne-Catherine Caron, Damien Dion, Jean-Pierre Gillard, Isidore Isou, François Poyet et Roland Sabatier, ainsi que des citations d'Isou sur le théâtre regroupées par Frédéric Alix
72 pages noir et blanc (couverture couleur), 5 euros
Vous êtes intéressé ? Me contacter à l'adresse revuetoth@yahoo.fr

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20 avril 2011

Sortie de T0TH 03

Le numéro 3 de l'antipériodique lettriste sort aujourd'hui-même!

Consacré à la poésie et la création sonore lettriste en général, ce numéro contient également un CD avec des oeuvres sonores rares ou inédites.

Dans ce numéro :

un texte sur les liens entre la science et la poésie lettriste par Christophe Schinckus ; un texte sur Gil J Wolman par Sylvain Monségu, des oeuvres de Broutin, Anne-Catherine Caron, Damien Dion, Jean-Pierre Gillard, François Poyet, Roland Sabatier et Christophe Schinckus ; des textes-hommages à Alain Satié, décédé en février 2011, de Frédéric Acquaviva, Broutin et Anne-Catherine Caron ; ainsi qu'un ensemble de poèmes d'Alain Satié extraits de son recueil Poésies, publié en 1978 aux Publications Psi, précédé du texte Alain Satié ou l'art des dissonances de Roland Sabatier, publié à l'origine comme préface à l'ouvrage sus-nommé.

Le CD contient des oeuvres sonores de Broutin, Anne-Catherine Caron, Damien Dion, Jean-Pierre Gillard, François Poyet et Roland Sabatier

56 pages et 8 pistes audio, 14,8 x 21 cm.

Il coûte 5 euros. Pour l'acheter, le plus simple est d'envoyer un chèque de 8 euros (5 euros + frais de port) à l'ordre de Damien Dion à l'adresse suivante :

Damien Dion, 18 bis rue des Turcies, 45000 Orléans

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30 mars 2011

TOTH 03 : François Poyet, improvisation ciselante, 7 mars 2011

En attendant la sortie tant attendue de Toth 03, d'ici courant avril, voici une petite vidéo d'une improvisation phonétique ciselante de François Poyet pour vous mettre l'eau à la bouche. L'enregistrement sonore fera partie d'un CD accompagnant la version papier habituelle.

Ce numéro sera consacré aux oeuvres sonores du lettrisme.

 

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21 décembre 2010

TOTH HORS-SERIE 01

Sortie ce mois-ci du premier numéro d'un hors-série de Toth. Ce numéro est consacré à l'exposition "Lettrisme, vue d'ensemble sur quelques dépassements précis" qui s'est déroulé du 23 octobre au 28 novembre 2010 à la Villa tamaris, à la Seyne-sur-Mer.

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Numéro gratuit et en couleur, sous forme de dépliant. Format plié : 15x17 cm, format déplié : 29,7x42 cm.

Sommaire :

-"A propos", compte-rendu de l'exposition par Damien Dion, à lire également ici
-un court entretien avec Robert bonaccorsi, directeur de la Villa Tamaris et commissaire délégué de l'exposition
-des photos légendées de l'exposition et du vernissage

Pour le recevoir, envoyer une enveloppe à vos nom et adresse (dont le format peut accueillir un 15x17 cm) avec un timbre standard à l'adresse suivante :

Damien Dion
18 bis, rue des Turcies
45000 Orléans

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31 août 2010

TOTH 02 : François Poyet, "Hallali etc. Pantoufles"

2009. Encre et impression papier, traitement numérique, 21 x 29,7.

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Autopsie d'une oeuvre, de et par François Poyet

L’œuvre, jointe à ce texte, dont on ne sait le titre au premier abord, ressemble, au fond, dans les acceptions littérales et figurées du terme, à une portée musicale qui imiterait les touches d’un piano, à moins qu’elle ne simule un code-barres particulièrement taggué.

Quelle embrouille, quelle kabbale à décoder, à décortiquer !

En arrière plan, nous distinguons ce que je nomme une anamorphographie, c’est à dire un texte étiré, tel une anamorphose, que l’on ne comprend que lorsqu’on incline la page du dit texte de manière à comprimer la perspective.

Que découvrons-nous, alors ?

HALLALI, THOT, AIME, EST A BOUT. PTAH OPTA POUR LE PTYX.

Tiens, une inscription telle qu’on peut la découvrir dans les Impressions d’Afrique et Nouvelles impressions d’Afrique de Raymond Roussel ?

Cette formule est un exemple de ce que j’ai dénommé, hypertropisme qui procède du principe qu’il convient d’exploiter tous les procédés littéraires à outrance, tous les tropes, -de la figure de style  à la figure de rhétorique en passant par tout ce que nous offre la linguistique depuis les homophonies, les anastomoses (James Joyce, Charles Dodgson,) les anacoluthes, la parataxe, les coquecigrues, les télescopages, les catachrèses, les synecdoques, les oxymores, les glossolalies, jusqu’aux polysémies, etc.- et de les ramasser, les concentrer en des nœuds susceptibles d’être raccordés ou non à d’autres.

Il s’agit d’une nouvelle élémentique (un des 4 concepts principaux proposés par Isou pour analyser une œuvre) constituée d’éléments complexes tels que, par analogie, ont pu nous l’enseigner les physiciens en dépassant l’atome de Démocrite par celui de Niels Bohr, d’après Louis de Broglie.

Si l’on reprenait un autre concept d’Isou tiré de son Bouleversement du Théâtre, il s’agirait de celui d’impliques qui s’opposent aux répliques traditionnelles et qui par conséquent se présentent comme des formules indépendantes et autonomes.

Bien entendu, les connaisseurs oseront le parallèle avec, sur un plan plastique, ma conception de l’hypergraphie modulaire tridimensionnelle, (autonomie modulaire).

J’ajoute, pour rester dans ces considérations des formules libres les unes des autres, que Blaise Pascal écrivait ses Pensées sur des bouts de feuilles qu’il perçait pour les relier par un fil et que Louis Ferdinand Destouches assemblait ses chapitres par des pinces à linge.

Reprenons le texte proprement dit ou écrit :

HALLALI, THOT = Ah, la litote 

THOT AIME,  EST A BOUT = Totem et tabou, titre de Freud

THOT, divinité égyptienne de l’écriture.

PTAH, divinité égyptienne du verbe

PTYX, hapax utilisé par Victor Hugo, Alfred Jarry puis Stéphane Mallarmé dans son Sonnet allégorique de lui-même. 

Ceci vous donne une idée de ce qu’est l’hypertropisme, -déjà décliné par moi à des milliers d’exemplaires,- ou nodalies (de nœud) que je m’autorise à utiliser dans n’importe quelle circonstance.

A cet égard, je précise que je n’ai jamais utilisé de contrepèteries (1), contrairement à ce qu’a laissé entendre un lettriste dans un texte.

En effet, dans le cadre de l’art infinitésimal, -invention d’Isou- où tout élément n’est pris en compte que pour autant qu’il permette dans imaginer un autre, structure qui valorise la transmutation des sens, j’ai surtout utilisé, comme tremplin à cet art, des ambigüités du langage comme les homophonies, c'est-à-dire des suites de langue ayant un son commun pour des sens différents, dégagées de toute préoccupation poétique. On trouve dans le passé ce genre de formules d’une manière accessoire et fantaisiste chez des poètes, comme Victor Hugo, Charles Cros, Jean Goudezki, Alphonse Allais, Louise de Vilmorin, sous le nom de vers holorimes qui riment sur toute leur longueur. Ces derniers, néanmoins,  n’avaient malheureusement pas été affranchis des contraintes de ce qui semble symboliser et caricaturer la poésie, à savoir les distiques alexandrins, alors qu’en même temps se développaient les vers libres. Mes homophonies ne peuvent, non plus, se réduire à de simples allitérations et assonances éparses dans un texte quelconque.

La contrepartie d’homologuer des textes est qu’on ne peut plus les renier. Ceci vaut aussi pour internet où on a la possibilité de retrouver ce qui a été transformé, censuré, omis.

Après cette parenthèse cathartique, reprenons notre description :

Superposées au fond « anamorpho-hypertropique », des bribes de texte « écrites » dans un style hypergraphique (l’hypergraphie est encore une invention d’Isou), où, indépendamment des scripts, mis en abyme, anamorphographie hypertropique et piano, piano, -pour la ressemblance graphique-, on trouve « Thot et Ptah, tout a un sens » intégré à quelques signes arbitraires inventés.

Le cercle n’a de sens que dans la structuration graphique, le K signifie mille.

Cela me rappelle encore Raymond Roussel et son Comment j’ai écrit certains de mes livres.

Prétérition : je ne développerai pas ici le caractère « sui generis », c'est-à-dire endogène de ces formules hypertropiques, construite de l’intérieur de corrélations hybrides, par opposition au caractère exogène  de la poésie classique qui rencontre son paroxysme dans les fatrasies, (ni les dadaïstes, ni les surréalistes, ni les lettristes n’étaient encore nés) ou des tentatives oulipistes  qui infligeaient une règle extérieure unique aux textes tels les lipogrammes (exclusion d’une lettre dans un écrit comme un e dans La Disparition de Georges Perec) ou encore la suite époustouflante d’anagrammes de Gabriel-Antoine-Joseph Hécart dans son fameux  Anagramméana (1821).

Pour résumer, j’oppose un squelette (le seul mot masculin français qui se termine ainsi) à une carapace de mollusque.

L’hypertropisme ou nodalies sont des ensembles, des conglomérats où chaque règle de concaténation n’est présente que pour mieux dénoncer la précédente et la suivante. En ce sens, elle se développe à l’image de l’excoordisme par extension et coordination.

Comme, la plupart du temps, un domaine progresse par des créations, des inventions, des découvertes extérieures, extrinsèques, tels les progrès techniques pour l’évolutions des sciences et vice versa, j’ai associé des notions totalement indépendantes telles les homophonies à l’art infinitésimal (autrement nommé esthapéïrisme par Isou), ainsi que mes anamorphographies à l’art excoordiste d’Isou défini comme (je vous le rappelle) structure d’expansion et de coordination donnant ainsi une nouvelle dimension à l’art infinitésimal ; Autrement dit, je propose des greffes indépendantes et transversales qui bouleversent totalement les applications mécanistes du lettrisme ; des structures qui s’intègrent et se fusionnent.

J’ajoute que j’ai révélé d’autres structures déjà exposées, structures à dièdres, plagiées par la suite, signes origamiques, les monochromes sympathiques (cryptés) etc. pantoufles.

Bien que tout cela puisse vous paraître abscons dans un premier temps (remarquez que je n’ai pas écrit l’art abscons) et que j’invite à la plus grande transparence, je ne puis m’empêcher de vous soumettre cette phrase que j’ai écrite sur le mur de ma chambre quand j’avais quatorze ans, l’incompréhensible c’est la dure nécessité, foi de sceptique, de pyrrhoniste ou de zététique, littéralement chercheur, auquel il faut naturellement, depuis que vous avez appris à me connaître, substituer le mot trouveur, selon les dires de Picasso ; « je ne cherche pas, je trouve.»

Un petit dernier pour la route, une homophonie : Philippe erre trop : pisse, maman ! File, hypertropisme amant !

 

Poyet 09/09

(1) bien que j’en connaisse l’essence, l’histoire, l’Album de la Comtesse, Luc Etienne et une des plus célèbre du non moins fameux auteur d’antistrophes, François Rabelais, qui nous a gratifié de Elle est folle de la messe pour elle est molle de la fesse,-




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04 mai 2010

Qu'est-ce que l'excoordisme ?

Par Eric Monsinjon

Dans le Manifeste de l’excoordisme ou du téïsynisme plastique publié en 1992, Isidore Isou définit une nouvelle forme d’art qui dépasse et enveloppe toutes les autres. Il s’agit d’une conception totale dans laquelle « l’art embrasse des structures émouvantes, depuis les plus simples jusqu’aux plus compliquées, entre l’infiniment petit et l’infiniment grand ». En inventant l’excoordisme, Isou assigne à l’artiste un rôle comparable à celui du physicien explorant la totalité des échelles du réel, des atomes aux étoiles. Le physicien Stephen Hawking, dans les années 1991-1992, relance le rêve d’Albert Einstein en tentant de créer une « théorie du Tout » (1) qui décrirait tout ce que contient l’Univers. Avec l’excoordisme, Isou ose repenser la notion de totalité dans le domaine de l’art. Il repousse ses frontières en ouvrant les portes de l’infiniment petit et l’infiniment grand.

Dans cette étude, nous nous limiterons volontairement à la figure fondatrice d’Isidore Isou. Nous n’aborderons pas toute la richesse et l’évolution de la constellation excoordiste, car ce serait l’objet d’une autre réflexion. Il s’agira ici de comprendre toute l’essence et la portée décisive de l’excoordisme en partant de l’étude des thèses principales du manifeste de 1992.

Avant de pénétrer dans ce nouveau domaine, il est préalablement nécessaire de revenir sur les apports antérieurs d’Isidore Isou.

La puissance d’un créateur, c’est son renouvellement. Isidore Isou en est la preuve. Initiateur  particulièrement précoce, il est seulement âgé de vingt ans lorsqu’il invente le lettrisme en 1945. C’est un extraordinaire dépassement des formes figuratives et abstraites qui fonde une peinture alphabétique, organisation pure de lettres latines. Dès cette époque, la créativité devient le moteur de son œuvre. C’est pourquoi, il n’aura de cesse de vouloir dépasser ses propres apports. En 1950, il élargit le lettrisme historique en créant l’hypergraphie, un art plus englobant contenant l’intégralité des signes inventés par l’homme, pictogrammes, idéogrammes, hiéroglyphes, rébus, signes cabalistiques et ésotériques, signes existants ou inventés venus du passé, du présent et même à venir. Mais Isou veut aller encore plus loin. En 1956, il fonde l’art infinitésimal qui repose sur l’invention et l’agencement de signes virtuels ou imaginaires. L’expérience sensible de l’œuvre devient dès lors très difficile. Injonctions brèves et systèmes de notations forment les parties émergées, seuls éléments tangibles ouvrant l’accès à un monde immergé de signes invisibles.

Ces trois formes artistiques évoluent selon deux phases successives. Une première phase amplique durant laquelle l’art construit, élargit, perfectionne ses structures formelles et thématiques ; une seconde phase ciselante qui, à l’inverse, décompose les structures jusqu’à leur anéantissement total. Le lettrisme, l’hypergraphie et l’infinitésimal connaissent tous une période amplique et ciselante.

Malgré tout ce qu’il a inventé, Isou veut dépasser une dernière fois tout ce qu’il a fait. En 1991-1992, il invente l’excoordisme à l’âge de soixante-six ans. Pour désigner cette nouvelle théorie, il forge le néologisme « excoordisme », à partir des abréviations des termes « extension » et « coordination » (2). Son projet le plus général consiste à dévoiler des particules plastiques inédites pour les coordonner et les étendre à l’infini. L’excoordisme demeure une énigme dans l’histoire récente de la pensée. Plusieurs facteurs rendent sa compréhension difficile. Tout d’abord, il est impératif de connaître l’art infinitésimal, antérieur, pour comprendre la nouvelle tendance qui se présente comme son dépassement. Ensuite, pour des raisons liées à sa maladie, Isou n’a pas donné suffisamment d’éclaircissements théoriques, ni fourni une masse suffisante d’œuvres pour apprécier toute la richesse de l’excoordisme. Enfin, la nature même des œuvres rend leur simple perception problématique, et dans certains cas, impossible. Le Manifeste de l’excoordisme et du téïsynisme plastique définit le nouvel art à partir de quatre principes inédits.

Le Principe inédit I définit l’excoordisme comme un art global contenant l’infiniment petit et l’infiniment grand du monde plastique, « les structures émouvantes, depuis les plus simples jusqu’aux plus compliquées ». C’est une définition très générale. Le Principe inédit II, lui, se concentre sur le domaine des très petites échelles. Isou évoque le « fragmentarisme », à l’intérieur de ce domaine, un système qui considère que les particules conventionnelles de l’art abstrait sont à dépasser. Les atomes du monde pictural à savoir, le point, la ligne et la surface de Kandinsky, l’horizontale et la verticale de Mondrian, sont comme les atomes du tableau de Mendeleïev. Le raisonnement d’Isou est le suivant. Si l’art abstrait a détruit l’art figuratif, il semble inconcevable de détruire l’abstrait lui-même, car fragmenter une forme abstraite conduit toujours à un résultat anti-figuratif. Cela revient à dire, selon la terminologie d’Isou, que l’art abstrait ne possède pas de phase ciselante. Il donne donc lieu à une décomposition des rapports entre les atomes mais jamais à une décomposition des atomes eux-mêmes. Comme le souligne Isou dans La Créatique : « Les formes n’expriment pas tous les degrés de contenu qu’elles possèdent ». Or ce qu’Isou propose ici, c’est de rendre concevable l’inconcevable, en trouvant des particules plus petites que les atomes. A une époque où l’atome était considéré comme la particule ultime de la matière, certains scientifiques ont révélé d’autres composants à l’intérieur de l’atome. D’ailleurs, Isou cite les plus grandes découvertes : de l’électron de Thomson jusqu’aux quarks de Murray Gell-Mann. Le fragmentarisme part à la recherche du plus petit fragment plastique.

Exemple I 

Tableau fragmentariste, 1991

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Le tableau se compose de deux parties, un rectangle contenant le dessin d’une succession de points, virgules et points-virgules, où chaque signe est rayé par des traits colorés. La deuxième partie de la toile est occupée par un texte manuscrit qui fournit l’explication du fragmentarisme appliqué à l’œuvre que l’on contemple : « L’une des dimensions de l’excoordisme est l’approfondissement du plus petit possible et donc le dépassement de l’acquis. Dans ce sens, l’une des facettes de l’art novateur conduit à la destruction du non-figuratif même ». L’organisation plastique, des signes de ponctuation détruits ou biffés,  constitue un ensemble nouveau, un territoire d’inédites particules qu’il est encore possible de dépasser. L’excoordisme ouvre des possibilités illimitées dans la recherche de signes concrets ou de particules minuscules. C’est une théorie des ensembles infinis.

Le Principe inédit III traite de l’infiniment grand et de la dimension cosmologique de l’excoordisme. D’emblée, Isou précise que l’art infinitésimal est « la phase la plus évoluée dans cette direction », la plus grande progression dans la recherche de l’illimité. Il considère l’art infinitésimal comme « un simple tremplin ». L’infinitésimal, nous l’avons vu, est le domaine de l’imaginaire. L’esprit y accède pour son compte par le biais d’un système de notation ou d’une indication que le spectateur réalise mentalement. « Inventez des parfums inconcevables ». On prendra soin de ne pas confondre l’art infinitésimal, ou imaginaire, avec l’art conceptuel qui renvoie presque exclusivement à un imaginaire concret, c’est-à-dire à des objets sensibles. La chaise de Joseph Kosuth. A l’inverse, l’art imaginaire pose le problème de la perception au-delà du sensible. L’œil ne nous permet pas de voir les atomes qui composent cette feuille de papier, ni de voir les galaxies en levant les yeux vers le ciel. La plupart des échelles du réel demeure inaccessible à notre perception. Il en est de même dans le domaine de l’art. L’œil est le sens qui nous sépare de l’expérience totale de l’œuvre. L’excoordisme s’étend dans « l’au-delà de l’imaginaire, l’inimaginable comme étant divers et varié, dans les expressions de ses contenants et de ses contenus ». Il établit un corrélat entre l’imaginaire et l’inconcevable, entre le concret et l’abstrait. La recherche vise le dépassement de l’expérience sensorielle classique. Et si l’excoordisme a besoin d’éléments figuratifs, abstraits, concrets, visibles ou imaginaires comme de points de départ à son actualisation, c’est pour les utiliser d’une autre manière, pour leur donner une finalité formelle différente, en les étendant et en les coordonnant à l’infini dans un espace définitivement inimaginable.

Exemple II 

Œuvre excoordiste ou téïsyniste, 1991

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L’œuvre est un modeste panneau de bois blanc sur lequel plusieurs bobines de cordes, chaînes et élastiques sont fixées. Des mètres de fils et de chaînes sont enroulés en cercle et pelote, diversement ordonnés. L’explication qu’Isou en donne semble teintée de symbolisme : « la planche de bois représente une carte du cosmos » et « les ficelles et les chaînes indiquent à la fois les rayonnements appréhendés de la terre et les distances que nos sondes spatiales doivent parcourir pour arriver à leur source d’ émersion ». Alors que dans le fragmentarisme, tel qu’il est développé dans le tableau éponyme, les éléments minuscules possèdent toujours une dimension concrète (tracé de signes de ponctuation détruits), l’infiniment grand propose un symbolisme particulier dans lequel les éléments - la petite surface du panneau de bois et les lignes enroulées - fonctionnent comme des symboles du cosmos et de ses rayons lumineux et courbes. Plus les éléments de l’œuvre sont réduits plus ils seront à même de symboliser l’immensité du monde. C’est un symbolisme stellaire qui dévoile à la fois les parties perçues du cosmos, à travers le grand télescope du « mont Palomar en Californie », et les parties « non encore perçues ». Le problème de l’art est celui de la perception. L’œuvre d’art est pure présence de visible et d’invisible, et réclame un élargissement de la perception jusqu’aux limites de l’univers.

Le Principe inédit IV étudie l’infiniment petit et l’infiniment grand dans leurs rapports avec la « carte toméïque ». Chaque discipline culturelle possède une carte toméïque à quatre dimensions essentielles : la mécanique qui s’occupe des supports et matériaux de l’œuvre d’art ; les particules qui constituent les briques fondamentales d’une structure artistique ; les associations et les rythmes que les particules forment en se combinant ; enfin les thèmes ou buts portés par une œuvre. Il existe d’autres secteurs complémentaires que nous n’aborderons pas ici. Ce principe IV revient sur l’art plastique en remarquant que celui-ci a fait « à la structure, un triste sort ». Mais comment faut-il comprendre le mot « structure » ? Le terme était déjà présent au début du manifeste avec les mystérieuses « structures émouvantes ». La première structure connue, c’est la représentation figurative. Elle se met en place avec l’introduction de la perspective en peinture. Son organisation, ou sa cadence, a longtemps été soumise à la nécessité de réaliser une peinture d’imitation. Quand la modernité a détruit la structure figurative pour aboutir à l’art abstrait, étape achevée de l’anti-figuratif, c’est pour s’intéresser au problème des éléments point-ligne-surface et non à celui de leur cadence. Pour Isou, l’hypergraphie et l’art infinitésimal incarnent des nouvelles structures préoccupées de l’enrichissement illimité du domaine de la cadence. Bien évidemment, l’excoordisme porte à son acmé cette recherche grâce à un système « d’opérations » et « d’extra-opérations » ; depuis l’addition à la multiplication, jusqu’à l’infini des cadences concevables ou inconcevables. Isou énumère une multitude de procédés, parmi lesquels la « dipersivité », « la remplaçabilité des éléments et des groupes commutatifs, associatifs, distributifs et cumulatifs, d’anneau, de corps, d’espace vectoriels, suspendus, poursuivis, uniques ou combinés dans une même œuvre ». L’énumération continue. L’idée est de traduire toutes les opérations en termes ensemblistes dans tous les secteurs de la toméïque. L’excoordisme est une sorte de théorie des ensembles appliquée à l’art. Réunir des ensembles infinis pose naturellement le paradoxe de l’ensemble des ensembles, celui qui contiendrait tous les autres.

La question de l’art total est ainsi relancée. Si celui-ci n’a jamais existé, c’est parce les tentatives, de l’Opéra wagnérien à l’Untitled Event de John Cage, n’ont jamais pu arriver à la synthèse idéale des disciplines. Isou déjoue le piège de l’art total, en apparence inconcevable, en l’abordant non pas sous l’angle de la synthèse, mais plutôt sous celui de la totalité des contenus et des contenants de l’art. De ce fait, il convient mieux de parler, au sujet de l’excoordisme, d’art des totalités que d’art total. Isou pense que l’art a sa manière de ne pas mourir en se renouvelant sans cesse. La manière dont il a mis en valeur les rapports d’échelles entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, a conduit notre entendement aux frontières de l’univers perceptible. 

Exemple III

Portrait de Dieu, 1991

(pas de reproduction disponible)

Cette œuvre représente un réseau de traits de couleurs formant une succession de boucles, le tout plus ou moins agencé en rectangle. Des chiffres viennent numéroter les boucles, de 10 à 190. Au centre, un texte expose le sens de la toile. Il s’agit du portrait de Dieu réalisé par l’homme « d’après la Merkaba, origine de la Kabbale dont les initiés sont arrivés aux Hekhaloth : les chiffres représentent les distances admises, en sachant que le parsec vaut 3,26 années lumière (…) ». La ligne rouge indique les parties visibles de l’Eternel. Les lignes verte, jaune, noire, suggèrent ses parties invisibles, encore inaccessibles à la connaissance scientifique. L’art est à la fois tout ce qu’on perçoit et tout ce qu’on ne perçoit pas encore. L’excoordisme a pour programme de convertir l’inconcevable en concevable pour explorer l’infini du cosmos, l’infini de Dieu, l’infini de l’art.


Notes :

  1. Le projet est de réunir en une « théorie du Tout », la mécanique quantique des petites échelles et la relativité générale des grandes échelles. Voir à ce sujet la conférence prononcée par Steven Hawking en mai 1992, dans Trous noirs et bébés univers, éditions Odile Jacob, 1993.

  1. Le Teïsynisme est un synonyme d’excoordisme formé à partir d’une étymologie grecque.

Texte publié dans Toth n°2, décembre 2009

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15 février 2010

TOTH n°2 annoncé sur le blog FLUX

Toth est heureux de constater qu'il ne passe pas totalement inaperçu puisque que le blog anglophone "Flux" (flux.blogsome.com) a annoncé tout récemment la sortie de notre numéro 2.

Merci à Flux!

Cliquez ici!

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18 décembre 2009

Sortie de TOTH n°2, spécial excoordisme

Le numéro 2 de TOTH, spécial excoordisme, est enfin sorti.
Il coûte 4 euros et fait 42 pages.

Pour le commander, il suffit d'envoyer un chèque de 5,50 euros (frais de port oblige) à l'ordre de "Damien Dion" à l'adresse suivante :

Damien Dion
18 bis, rue des Turcies
45000 Orléans

Pour tout renseignement : revuetoth@yahoo.fr

Ci-dessous : la page contenant le sommaire et l'éditorial
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17 novembre 2009

TOTH n°2, début décembre

Le numéro 2 de l'antipériodique lettriste sortira début décembre, soit, par une étrange ironie, très exactement un an après le premier numéro (serait-il devenu un anti-antipériodique?).

Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici sa couverture...

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22 septembre 2009

TOTH n°2...

TOTH NUMÉRO 2 SORT PROCHAINEMENT!

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