22 septembre 2009
TOTH n°2...
TOTH NUMÉRO 2 SORT PROCHAINEMENT!
04 juillet 2009
TOTH 01 : Micheline Hachette, "Deux films infinitésimaux"
A propos de Nice (film infinitésimal)
1970, mine de plomb et encre noir sur papier, brins de mimosas dans papier cristal à distribuer, 21 x 28 cm
Réalisé pour la première fois à Nice, le 23 mai 1970, par Ben et Annie Vautier, dans le cadre du Premier Festival International d'Art Infinitésimal et Supertemporel. L'artiste fluxus et sa femme devaient distribuer des brins de mimosas aux passants. Ceux-ci étaient invités à s'en servir comme supports pour constituer mentalement un film sur le thème de Nice.
In (film infinitésimal à distribuer et à recevoir)
1973, mine de plomb sur sac en papier, 34 x 14,5 cm
Modèle de sac en papier destiné à circuler dans l'assistance pour recueillir ou déposer les composants visuels et sonores imaginaires de l'oeuvre.
Film réalisé pour la première fois en 1973 dans le cadre du Festival d'Edinburgh.
Bibliographie :
-Programme du 1er Festival d'Art Infinitésimal et Supertemporel in CRL n°33, mai-juin 1970
-Catalogue du Festival d'Edinbourgh, 1973
-Isidore Isou, L'Art corporel lettriste, ed. Psi, 1977
-Frédérique Devaux, Le cinéma lettriste (1951-1991), ed. Paris-Expérimental, 1992
21 juin 2009
TOTH 01 : Sylvain Monségu, "Individu, société, externité"
INDIVIDU, SOCIETE, EXTERNITE
Les avant-gardes artistiques ont toujours cherché à inscrire leur révolution formelle, plastique, dans un transformation de la société : c’est vrai du surréalisme, de Dada, du futurisme, de l’Internationale Situationniste mais c’était tout aussi vrai avec les impressionnistes, Mallarmé, ou encore Courbet dans son rapprochement non fortuit avec Proudhon. Au XIXème siècle, la contestation de l’ordre social, de ses normes artistiques au nom d’impératifs créatifs n’emprunte pas encore une rhétorique militante, aucun artiste ne se veut le bras armé et créatif d’une quelconque doctrine politique au contraire des avant-gardes du Xxème siècle qui placeront leur travail sous le signe de la lutte des classes et du prolétariat, du « socialisme réel » ou de la révolution nationale (avec Marinetti).
Le lettrisme, porté par l’utopie d’un projet de société « paradisiaque » dont il faudrait chercher un possible précédent dans les pages de Charles Fourier, a très vite associé à ses combats pour de nouveaux horizons littéraires et artistiques la nécessité de luttes sociales placée sous la bannière inédite du Soulèvement de la Jeunesse. C’est sans doute par cet aspect là que le lettrisme fait exception parmi les avant-gardes mais aussi de manière plus large au sein des théories socialistes dont Isou dès le premier tome de son Traité d’Economie Nucléaire, le Soulèvement de la Jeunesse, entend se démarquer (1950).
A relire ce texte ambitieux, on comprend le peu d’échos qu’a suscité sa publication à l’époque. Dans un après-guerre dominé par une dualisme sans nuance annonciateur de la guerre froide et par l’hégémonie du PCF dans le champ culturel, les thèses et analyses du Soulèvement de la Jeunesse rompaient avec le marxisme-léninisme, l’étatisme et l’ouvriérisme qui longtemps ont surdéterminé (et même encore aujourd’hui !) l’action et la réflexion de la gauche politique. Là où le marxisme faisait autorité absolue, de manière programmatique, Isou met en discussion et confronte des problématiques nouvelles à la lumière de lectures que peu sans doute partageait avec lui : il cite certes Engels, Marx, Lénine, Quesnay, Rousseau mais aussi Schumpeter, Hayek… interrogeant le marxisme et ses fondamentaux à la lumière des doctrines libérales qui restent toujours si peu connues en France (même si le mot libéralisme est utilisé dans la plus grande confusion et désinformation et toujours à mauvais escient).
Car il y a bien à la base de l’économie nucléaire un princeps libéral et libertaire, que même un Marx n’aurait sans doute pas désavoué : aux antipodes d’un collectivisme abstrait et d’une analyse en terme de classes sociales en lutte, Isou renoue avec l’individu comme agent économique et réalité sociale, mais son sujet de référence n’est ni l’ouvrier, ni le salarié, ni le rentier, ni l’entrepreneur, il n’a pour lui que la gratuité d’une force de travail sans statut reconnu, extérieur au marché organisé, c’est l’externe « qui s’agite et lutte pour obtenir la place qu’il désire ». Le conflit social résulte donc moins d’une lutte des classes que d’une lutte des places dans une société où l’inégalité renvoie à l’inégale accès aux places, aux barrières qui se dressent entre un désir individuel de mobilité, de promotion et l’offre social , à la rareté de cette offre…
Le conflit Capital/travail central chez les marxistes , s’il reste pertinent pour expliquer les contradictions de l’organisation économique, les ajustements nécessaires pour asseoir les revendications des salariés, se trouve débordé selon Isou par une question sociale (la modernisation de l’appareil de production risque de maintenir une population croissante aux marges de l’activité économique) et démographique (les jeunes, externes absolus s’il en est sont une catégorie qui devient de plus en plus visible, renforcée par l’allongement de la scolarité) : ainsi « l’élimination continuelle du travail, la surproduction de l’élément humain depuis la propagation de la machine (bientôt la machine sans ouvriers) et d’autre part une hiérarchisation du Parti (en Urss) de plus en plus rigide rejette dans le secteur du ‘jeune » des catégories d’âge de plus en plus avances qui subissent à leur tour la subordination diverse de l’inéconomique du travail « non valorisé » (in Le Soulèvement de la Jeunesse, Escaliers de Lausanne, p.65).
Le lutte des classes (prolétaires versus bourgeoisie) est dépassé par la problématique d’individus (prolétaires et bourgeois) en quête d’ascension et de promotion qui doivent trouver et gagner leur place dans une situation qui pour l’essentiel s’est réglée sans eux. Les libéraux encensent le «capitaine d’industrie », l’entrepreneur audacieux, le self-made man, tandis que les socialistes valorisent l’icône de l’ouvrier (hier…), du salarié « exploité, précarisé » (aujourd’hui) qui participe à la production de la richesse sans être rétribuée à la mesure de cette participation, du fonctionnaire qui travaille au service de l’intérêt public, sans toujours se soucier du rôle de l’initiative privée dans le dynamisme économique… Chez Isou le borderline, l’outsider, le outlaw et même le voyou (créativité détournée oblige) sont les figures emblématiques d’un nouveau type d’agent économique venu des marges et aspirant à être reconnu, en conflit ouvert avec une organisation sociale qui la maintient à ses frontières et ne lui offre pas de perspective à la mesure de ses ambitions. Pour faire rapide, et prenant appui sur L’Agrégation d’un Nom et d’un Messie (Gallimard, 1947), qui reste comme une autre grande Confession d’un enfant du siècle, l’outsider isouien est un héros romantique… qui a réussi : il a trouvé sa place dans la société et par son succès contribue à la transformer la société. Son échec et sa marginalisation ne sont pas simplement un échec individuel ils risquent de devenir une affaire collective, un problème social que la société doit résoudre, dans la mesure où l’externe peut inscrire sa révolte dans des luttes provisoires, toujours insuffisantes par rapport à son désir de reconnaissance, qui peuvent prendre le visage du nationalisme (phénomène skin-head), du racisme ou du communautarisme comme hier l’insatisfaction des jeunes trouvait à s’employer sous la surveillance de bureaucrates bienveillants et intéressés dans les revendications austères et les combats de feu la Gauche prolétarienne.
Réhabilitation salutaire (et révolutionnaire à gauche !) de l’Individu certes mais celle-ci, on le voit, ne saurait se réduire à un simple égoïsme, qui ne chercherait non sans prédation, qu’à satisfaire ses intérêts exclusifs sans égard pour la collectivité. L’anathème lancé par les Internationaux lettristes pour prendre congé de la « vieille garde » lettriste qualifiée de « droite » (Isou, Lemaître , Pomerand) n’est qu’un artifice rhétorique ; les marxistes-léninistes utilisaient les mêmes intimidations pour disqualifier les Mencheviks authentiquement progressistes. Ce procédé est d’ailleurs toujours aussi répandu à gauche où l’on ne craint de sortir dès qu’un quidam se hasarde à sortir du périmètre intellectuel autorisé l’insulte suprême de « droitisation », ou de « dérive droitière » surtout d’ailleurs quand il est question d’économie ! Plus sérieusement, Isou s’inscrit dans une autre tradition de la gauche intellectuelle, minoritaire car souvent marginalisée par un étatisme omniprésent, davantage tournée vers l’individu et son autonomie, plus proches des libertaires (Proudhon en tête) que de la bureaucratie d’Etat. Il partage en effet avec les anarchistes et les libéraux une même défiance à l’encontre des initiatives de l’Etat et de sa mainmise sur certains secteurs économiques (d’où sa critique des nationalisations) ; anticipant la critique d’un Cornélius Castoriadis (1), il souligne combien est grand le risque de voir le dynamisme économique coopté par l’Etat et sa bureaucratie. Pour Isou le marché n’est pas un problème, bien au contraire il convient de laisser respirer la société plus encore, de multiplier les initiatives privées, de rendre ce marché plus fluide et mobile pour permettre l’insertion des jeunes et des externes qui apportent des projets, des idées et ne cessent de transformer le marché, de redistribuer les cartes, dans une perspective de plein-emploi. L’agent économique ne rompt pas avec la société, il s’y voit reconnu dans ce qu’il porte et participe ainsi à la prospérité collective. L’échange reste ainsi au cœur de l’économie nucléaire pour qui il s’agit de permettre aux jeunes et aux externes de devenir des co-échangistes à part entière.
A Titre d’exemple, Benoit Sabatier dans son ouvrage Nous sommes jeunes, nous sommes fiers dresse un inventaire non exhaustif d’une culture jeune contestataire pour regretter qu’elle ne participe qu’à nourrir les conformismes, le spectacle et son entertainment (2). C’est tout le contraire qui est vrai : le mouvement punk comme le hip hop dans le domaine musical n’ont d’abord rencontré qu’incompréhension et refus de la part des acteurs institutionnels (presse, médias, maisons de disques et même public) ; pour exister dans leur singularité ils ont du organiser leurs propres réseaux de labels, de salles de concerts, de fanzines avant d’être finalement acceptés par des maisons de disques qui ont popularisé leur esthétique via cinéma, à la télévision, à la radio… L’activiste underground d’hier est devenu un homme d‘affaire et alors ? Il vit de son travail, participe à la diversification de l’horizon musical et à la richesse de l’offre sur un marché où la raréfaction de l’offre conduit immanquablement à la crise… Certains parlent de récupération, d’autres dont je suis parlent de reconnaissance, reconnaissance à la fois symbolique, économique et sociale. Quant au conformisme, il survient chaque fois qu’il y a position hégémonique d’une doxa esthétique (subversive ou non), celle-ci de toute façon sera très vite contestée par de nouveaux externes, venus de l’underground, frustrés par l’offre existante et désireux de rompre avec le vieux monde musical et de voir leurs propositions reconnues publiquement. Tout le reste n’est que romantisme !
Cependant contrairement aux libéraux et aux anarchistes, Isou n’en congédie pas pour autant l’Etat qui sur ses fonctions régaliennes garde toute son importance et se doit d’être pleinement efficace : pas plus que le marché l’Etat n’est un problème. Anticipant les transformations de l’appareil économique (la tertiarisation et une désindustrialisation relative), l’économie nucléaire met au centre de ses priorités, la question de l’enseignement et de la formation. Dans une économie en perpétuel mouvement, le maintien dans les meilleurs conditions du salariat reste fortement lié à son niveau qualification ; c’est par ailleurs ce même niveau de formation qui va déterminer la qualité et la teneur d’un dynamisme économique fortement lié aux innovations scientifiques et technologiques. Dans la terminologie contemporaine, l’économie nucléaire privilégie donc la souplesse « la flexibilité », contre les « rentes de situation » ou les « situations acquises » au profit de la mobilité, de la formation continue et de l’innovation, quitte à heurter les corporatismes et « conservatismes » installés qu’ils soient publics ou privés, permettant aux outsiders d’exister économiquement et d’apporter leur contribution à la création de richesses. Pour reprendre une distinction désormais connue, il s’agit donc plus d’un socialisme de production (comment créer de la richesse collectivement) que d’un socialisme de redistribution qui reste en France la grande référence symbolique et intellectuelle.
L’inconfort d’une telle théorie vient justement qu’elle n’est réductible à aucune des positions marquées dans le champ politique et culturel français: refusant aussi bien le salut par l’Etat et l’ouvriérisme défendus par une gauche collectiviste que le laisser-faire/laisser –passer des libéraux dont on mesure aujourd’hui les effets désastreux, elle se rapproche finalement davantage des sciences humaines de tradition anglo-saxonne que l’on découvre dans le vide laissé par la faillite du marxisme et sa grille de lecture à propos du débat sur les discriminations. On consultera ainsi avec profit l’ouvrage de référence de H. Becker Les outsiders (1963) ainsi que sur Wikipedia l’article consacré à la théorie des insiders-outsiders (www.wikipedia.org)
(1) Autrement dit, l’antagonisme capitalistes/prolétaires qui avait structuré la société bourgeoise ausiècle précédent n’était plus adéquat pour rendre compte de la division intrinsèque à cette nouvelle forme de régime. Le concept de « capitalisme bureaucratique », développé alors par Castoriadis, permettait au contraire une analyse fine et rigoureuse de l’opposition dirigeants/exécutants comme fondement du procès de production bureaucratique. L’introduction de cette nouvelle notion devait surtout permettre à Castoriadis de faire ressortir les traits communs aux régimes politiques/économiques dominants en Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale, qu’ils se proclament « socialistes » (Europe de l’Est) ou « libéraux » (Europe de l’Ouest). Car le bloc « socialiste » et le bloc « capitaliste » avaient au fond accompli les mêmes objectifs : la nationalisation de l’industrie, la planification de la production, le monopole du commerce extérieur – soit l’étatisation complète de l’économie et de la politique [ cf. ibid., p. 111à 123]. D’où l’absurdité manifeste de donner comme finalités au mouvement ouvrier la prise de pouvoir de l’État, la nationalisation de la production et l’abolition de la propriété privée, puisque ces buts avaient été réalisés en URSS (et étaient en passe de le devenir dans les autres pays de l’Est et en Chine), entraînant, qui plus est, une exploitation et un asservissement accrus du prolétariat « (in C. Casoriadis, l’imaginaire radical par N. Poirier, sur www.cairn.com)
(2)
BS : le moteur, c'est ce que j'appelle "l'amère victoire": le rock, c'est une histoire des marginalités qui veulent se faire accepter. Pour qu'elles le soient, elles sont rendues acceptables. Elles perdent leur subversivité. Elles ne dérangent plus, ne sont plus dans l'avant-garde. Deviennent une nouvelle norme. On pourrait chouiner sur la toute puissance de l'industrie et du marketing, sur la "récupération". Moi je parle plutôt d'intégration. Comment une lutte pour la reconnaissance de l'anticonformisme se transforme en victoire de la normalisation, du conformisme ! Une logique implacable. D'où un livre forcément très mélancolique.(entretien disponible www.alainfinkeilkrautrock.com)
03 mai 2009
TOTH 01 : Eric Monsinjon, "L'Esthétique d'Isidore Isou"
L'ESTHETIQUE D'ISIDORE ISOU
Prémisses : l’art et la philosophie
Il y a une très grande différence entre réfléchir sur l’art et créer en art. Dans un cas on étudie la flèche ou l’apport d’un grand artiste, ses supports d’exploration, ses composants et ses combinaisons formelles, ses thématiques, les continents qu’il a découverts. Dans l’autre cas, on taille sa propre flèche ; ou bien l’on en ramasse une qui vous paraît la plus belle, mais pour essayer de l’envoyer dans une direction, même si la distance franchie est relativement petite au lieu d’être stellaire. Il arrive qu’un théoricien de l’art et un artiste se rencontrent dans la même personne, et que, au lieu de rester cloisonnés, ils travaillent l’un pour l’autre. La figure d’Isidore Isou est à ce titre tout à fait singulière, à la fois théoricien et créateur du lettrisme.
Si le beau et l’art sont des sujets philosophiques très anciens, l’esthétique, en tant que discipline indépendante dotée d’un objet distinct, n’apparaît qu’au XVIIIe siècle. C’est l’époque où les notions d’art, de sensible et de beau se lient entre elles pour constituer une constellation autonome. Plus globalement, de Platon (1) à Leibniz, de Baumgarten à Kant (2), de Hegel à Heidegger, et jusqu’à nos jours avec Alain Badiou, l’esthétique a toujours semblé difficile à définir. Est-elle une critique du goût, la théorie du beau, la science du sentir, la philosophie de l’art ?
A ce sujet, la réponse d’Isidore Isou est des plus scandaleuses, car aucune de ces définitions ne lui paraît acceptable. Les théories esthétiques, précédentes et suivantes, n’ont strictement rien apporté, ni sur le terrain philosophique, ni sur le terrain artistique. A partir de ce double constat, Isou développe trois objections contre les discours sur l’art. Premièrement, l’esthétique méconnaît l’objet dont elle traite, Isou parle d’une ignorance coupable à l’égard de l’art du passé et plus encore à l’égard de l’art du présent ; dans un deuxième temps, la philosophie a le grand défaut de plaquer un discours métaphysique sur l’alliance de l’art, du sensible et du beau. De ce fait, l’analyse ne part jamais de l’art et des œuvres, mais de ce que l’art doit être. Enfin la multiplication des approches concurrentes, notamment des sciences humaines (3), signifie la dissolution de l’esthétique. Le problème est donc double : l’esthétique n’arrive pas à définir l’art, ni à se définir elle-même. S’agit-il pour autant de la fin de l’esthétique ?
Les échecs conjoints de la philosophie et des sciences humaines ne justifient nullement le renoncement à l’esthétique. Pour Isou, il ne revient pas à la philosophie de penser l’art. Dans un premier temps, il peut sembler qu’il y ait une proximité d’esprit entre Isou et le philosophe Alain Badiou, lequel considère que l’art « se déclare déçu de tout ce que le philosophe énonce à son propos » (4). Mais leurs conclusions sont diamétralement opposées. Quand Badiou fustige la spéculation esthétique, c’est pour aboutir à un abandon total de l’esthétique, autrement dit à ce qu’il nomme étrangement une « inesthétique ». Au contraire, Isou développe l’idée d’une esthétique quittant le cadre de la philosophie pour se frayer un autre chemin à travers le savoir. Dans cette perspective, si l’on considère que l’esthétique ne se réduit pas à la somme des définitions accumulées dans l’histoire, si elle est une discipline vivante et non fossile, la question est de savoir ce qu’elle doit devenir. Pour Isou, l’avenir de l’esthétique passe par une approche plus rationnelle, une praxis beaucoup plus « scientifique ». Son projet s’oriente vers une véritable « science du beau et des arts » (5). Dès lors, la question la plus méthodologique posée par Isou est la suivante : dans quelles conditions l’esthétique peut-elle prendre la voie sûre d’une science ?
Cette question aux résonances kantiennes est d’une grande profondeur, y répondre revient à soulever certaines incompréhensions. Sans doute est-ce parce qu’Isou élimine d’emblée toutes les considérations générales sur le goût que cela a pour effet d’irriter les défenseurs de la subjectivité en matière d’art. Cela ne surprendra nullement les êtres imprégnés de culture avant-gardiste et pourra même sembler naturelle. Mais il est un point sur lequel les détracteurs d’Isou se rejoignent, celui qui consiste à critiquer sa condamnation des conceptions philosophiques plus structurées. En effet, il dénonce violemment les visions des spécialistes de l’esthétique (6), qui malgré leur hauteur spéculative, demeurent infiniment « subjectives » et « insuffisantes ».
Si la doxa écarte généralement toute approche objective de l’art, au profit d’une vision subjective, c’est parce que la notion d’objectivité se trouve régulièrement associée à la négation du beau. On estime souvent que ce qui est de l’ordre de la perception, de l’émotion, du jugement est totalement nié par la démonstration logique. On se trompe. L’absence de toute tentative dans cette direction découle simplement de l’absence historique d’une théorie scientifique appropriée. Isou n’élude donc pas la question du beau, car elle cristallise éternellement l’expérience esthétique. Les mensonges dominants de l’époque sont en passe de faire oublier que le beau entretient un lien privilégié avec la connaissance théorique. Le beau est donc inséparable d’une connaissance profonde de l’art et de ses dispositifs de fonctionnement : « seule une vision d’ensemble, contenant le Beau, les arts et les œuvres offre une image objective et complète de l’esthétique » (7). Il s’agit moins d’affirmer l’opposition classique entre objectivité et subjectivité, que de montrer comment la subjectivité dérive directement de l’objectivité. Toute expérience subjective du beau a pour origine l’organisation objective des composants de l’œuvre d’art. La proposition paraît d’une grande simplicité. Mais accepter un tel postulat peut avoir un effet potentiellement scandaleux, même si tel n’est pas le but. Le problème est ailleurs. Comment notre compréhension de l’art peut-elle être renouvelée par une esthétique prenant la voie sûre d’une science ? Cette compréhension passe, selon nous, par quatre étapes que nous allons maintenant exposer.
Situation et rôle de l’art dans la Culture
La première étape consiste à déterminer la place qu’Isou accorde à l’art dans son système de la Culture. A une échelle globale, le savoir humain prend l’image d’un arbre, immense, hiérarchique, millénaire. Il contient cinq branches : la théologie, la philosophie, l’art, la science, la technique. Chaque branche ou domaine est à son tour composée de plusieurs échelles d’organisation : les disciplines-branches, les apports qui en sont les fruits d’or, la carte toméïque qui en étudie les particules intrinsèques. Cet arbre majestueux est traversé par un principe vital, celui de la création généralisée à toutes les branches du savoir. La création circulant comme la sève rend la croissance de l’arbre infinie. Chaque apport vient se loger, se classer dans la structure, du plus créatif au moins créatif. Cette différentiation et ce classement des domaines, des disciplines, des apports, sont rendus possibles grâce à la Kladologie ou « science des branches » inventée par Isou.
Le domaine de l’art se subdivise en quatre branches :
-la branche des disciplines du texte, composée de toutes les expressions de l’écriture et des systèmes de notations : la poésie, la musique, la prose (comprenant le roman, la poésie en prose, la nouvelle, le récit) ;
-la branche des disciplines du corps, dont les composants intrinsèques reposent sur une codification des mouvements du corps humain : la danse et la pantomime ;
-la branche des disciplines matérielles, composée de matières pouvant susciter l’émotion par leur simple organisation visuelle: la peinture, la sculpture, l’architecture, la marionnette, la photographie, le cinéma ;
-la branche de la présentation réunissant toutes les dimensions des branches précédentes, celles du texte, du corps et des données matérielles : le théâtre et l’Opéra.
La kladologie distingue l’ensemble des branches de la connaissance. Elle permet de ce fait d’évaluer l’importance historique d’un créateur en situant précisément son apport dans une discipline. A cet égard, nous pouvons citer les très belles pages de Mes définitions de l’œuvre de Jean Cocteau (8), dans lesquelles, Isou se livre à une magistrale étude kladologique de l’apport de l’auteur du Sang d’un poète. Contre les attaques des surréalistes le jugeant à partir de critères moraux (son homosexualité, sa mondanité) ou selon des conceptions littéraires et artistiques trop générales (« plagiaire du surréalisme », « faux poète »), Isou tente de le réconcilier avec l’histoire de la création. Pour cela, il analyse son œuvre méthodiquement, discipline par discipline. Ce qui le conduit à considérer Cocteau comme un créateur souvent mineur, sauf dans l’art cinématographique où il lui accorde une importance de premier ordre.
On l’aura compris, Isou assigne à la création une place centrale dans son système. Si la Kladologie a pour fonction la conservation et la classification des apports dans le champ de l’art, la Créatique, quant à elle, vise le dépassement de l’existant. La Créatique est une méthode de création définie comme une « science de la découverte et de l’invention dans toutes les branches de la Culture et de la vie ». Rédigée entre 1941 et 1976, on s’étonnera de la publication tardive seulement en 2003 de cette œuvre d’une grande puissance.
La définition de l’art
La deuxième étape propose une définition générale de l’art. A l’origine, l’art était inséparable de la sphère religieuse. Il s’est par la suite distingué de la religion pour exister en tant que territoire indépendant. L’autonomie de l’art dans le savoir a permis deux choses essentielles : premièrement, l’art, débarrassé de sa destination transcendantale, va trouver sa fin en lui-même, et développer ses lois d’évolution et ses propres contenus. Secondairement, l’art devient, de ce fait, un objet intelligible dont la philosophie peut se saisir. Le couple formé par l’art et l’esthétique débute sa grande alliance à travers l’histoire. Si l’art possède son propre régime de vérité, il revient toujours à l’esthétique de définir et penser ce qu’est l’art. Pour Isou, l’art regroupe « l’intégralité des domaines préoccupés de l’organisation de matières – plus particulièrement sonores ou visuelles -, afin d’en extraire des émotions ou des plaisirs gratuits, dérivés de cette organisation même ».
La carte toméïque
La troisième étape porte plus particulièrement sur la structure interne de l’œuvre d’art. Le mixte doit être divisé. Une tragédie d’Eschyle, un poème de Baudelaire, une peinture de Picasso, un film de Griffith, sont des œuvres possédant des catégories communes. Isou appelle sa découverte, la carte toméïque (tomeus signifiant « secteur » en grec). Sans cette structure, aucune discipline de la connaissance ne peut expliquer la totalité de ses parties. Les composants de la carte toméïque sont :
-la mécanique ou la dimension des outils, des supports d’exploration et des techniques d’un art ;
-l’élémentique ou la dimension des éléments propres à un territoire artistique ;
-la rythmique ou les combinaisons des éléments formels ;
-la thématique ou la section des sujets et des buts.
Pour résumé, un art naît à partir d’une mécanique. Prenons l’exemple de l’art pictural. Tout d’abord, la peinture développe ses outils (pinceau, couteau), diversifie ses supports (de la fresque à la toile) et enrichit ses techniques (tempera, huile). La méca-esthétique, théorisée par Isou en 1952, élargit cette section envisagée comme une banque matérielle au service d’un territoire formel, dépassant le collage cubiste et l’objet ready-made pour intégrer la totalité du monde physique. Dans un deuxième temps, l’art utilise ses éléments (lignes, surfaces, couleur) qu’il combine en rythmes (figuratif, abstrait) selon des thèmes (religieux, mythologiques, historiques). L’unification de toutes ces parties, qui n’est jamais une synthèse, réalise l’œuvre d’art.
La loi de l’amplique et du ciselant
La quatrième étape aborde la loi qui régit l’évolution d’un art. Dès 1947, dans sa célèbre Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique, Isou divisait l’évolution d’un art en deux périodes : une phase « amplique », caractérisée par une construction et un perfectionnement de ses composants (mécaniques, éléments, rythmes, thèmes) ; et une autre phase dite « ciselante », déterminée par une auto-destruction programmée de ses composants jusqu’à leur déni anarchisant. Ainsi, dans la musique, l’amplique commence avec les premiers chants religieux et s’achève avec Richard Wagner. Le ciselant débute avec Claude Debussy pour se clôturer avec Luigi Russolo. Dans la poésie, l’amplique s’étend des premiers fragments d’Homère à Victor Hugo, et le ciselant, de Charles Baudelaire à Tristan Tzara.
Le ciselant et le problème de la mort de l’art
Le ciselant désigne la période d’anéantissement d’un art, jamais la mort de l’art lui-même. Si, dans sa jeunesse, Isou a pu quelque temps croire à la mort de l’art, il a très vite critiqué cette position (9). La mort de l’art est sans doute devenu un lieu commun de la pensée moderne et contemporaine. Déjà Hegel déclarait que « l’art reste pour nous quant à sa suprême destination une chose du passé ». Sa méthode dialectique célèbre l’achèvement de l’art et la continuation de l’esthétique. En 1916, le mouvement Dada a célébré l’anti-art, mais cette mise à mort s’est finalement révélée un assassinat sans meurtre. D’ailleurs Guy Debord, dans sa célèbre note 191 de La Société du Spectacle, considère que : « le dadaïsme a voulu supprimer l’art sans le réaliser ; et le surréalisme a voulu réaliser l’art sans le supprimer ». Et plus explicitement encore : « la position critique élaborée depuis par les situationnistes a montré que la suppression et la réalisation de l’art sont les aspects inséparables d’un même dépassement de l’art ». Isou a violemment critiqué ces thèses de Debord dans son livre Contre l’Internationale Situationniste (10), car elles ne sont que la répétition de concepts post-hégéliens et post-dadaïstes. Aussi le ciselant, défini par Isou, n’est que l’étape provisoire d’un art, logiquement suivi d'un nouvel amplique. Nous retrouvons également la succession de l’amplique et du ciselant à l’intérieur des formes artistiques inventées par Isou, que ce soit dans le lettrisme, l’hypergraphie, l’art infinitésimal ou l’excoordisme. La volonté de détruire toutes les dimensions toméïques de l’œuvre d’art le conduira plus tard à inventer la polythanasie esthétique (littéralement multi-mort). Grâce aux impulsions décisives de Roland Sabatier, les recherches polythanasiques lettristes vont atteindre les plus hautes cimes de l’hermétisme sur le terrain poétique, plastique et cinématographique.
L’art n’est donc pas fini mais infini, le cycle organique de l’amplique et du ciselant assure sa régénération infinie. Il explore perpétuellement les contrées de l’harmonie jusqu’à l’anti-harmonie, l’art n’est donc pas une science préoccupée d’exactitude. En revanche, le regard que l’on porte sur l’art s’oriente irréversiblement vers un devenir objectif, rationnel, scientifique. Ainsi l’esthétique n’est pas ici l’objet d’un dépassement philosophique, mais plutôt l’objet d’un déplacement kladologique ; d’une branche à l’autre, dans un mouvement qui passe du philosophique au scientifique. Après Isou, notre vision de la création artistique ne peut plus être la même. Aussi réfléchir sur l’art et créer en art sont bien deux activités liées entre elles, mais qui ne se confondent jamais. Le dialogue continu qu’Isou a initié entre la théorie et la pratique a fait de lui l’un des plus grands penseurs de l’esthétique et, en même temps, l’un des plus important créateur de notre époque. Cette œuvre majeure demeure, encore aujourd’hui, enveloppée dans un scandaleux silence organisé. Mais un grand précurseur n’est pas toujours incompris par tout le monde.
Eric Monsinjon
(1) Dans les premiers conflits entre art et philosophie, on cite souvent l’ostracisme porté par Platon sur le poème, le théâtre et la musique. Bien qu’il ait eu une connaissance raffinée des arts de son temps, Platon ne retient, dans la République, que la musique militaire et le chant patriotique dans sa cité idéale. Le cœur de la polémique platonicienne concerne essentiellement la question de la mimèsis dans l’art. Il reproche à l’œuvre d’art d’imiter l’Idée, autrement dit, de déprécier la vérité.
(2) Par le terme « esthétique », Kant n’entend pas seulement une discipline consacrée à l’art. L’esthétique désigne la nature de l’expérience subjective qui est occasionnée par la représentation des formes naturelles ou artistiques. Les deux expériences singulières étudiées par l’esthétique kantienne sont le beau et le sublime.
(3) Ce que l’on désigne par « sciences humaines » ne sont évidemment pas ce que l’on appelle des « sciences dures ». D’une certaine manière, elles viennent s’ajouter aux discours sur l’art et prolonger les spéculations philosophiques. Les processus de création deviennent l’affaire de la psychologie, de la psychanalyse, de la sociologie et de l’anthropologie. Afin de compléter ces multiples d’approches, il convient de citer : l’analyse des sciences cognitives, la phénoménologie de la création opposée à l’esthétique du spectateur, l’ontologie de l’œuvre d’art et la métaphysique du matériau. Certes toutes ces recherches fournissent des données supplémentaires pour penser l’art, mais elles ne peuvent pas être envisagées comme des données primordiales pour comprendre l’art ; secondaires jamais premières.
(4) Alain Badiou, Petit manuel d’inesthétique, L’ordre philosophique, Editions du Seuil, 1998, p.10. Dans cet ouvrage, l’auteur considère que la philosophie n’a pas à penser l’art en tant qu’objet. L’art pense et se pense déjà très bien lui-même à travers ses œuvres, car « l’art est lui-même une procédure de vérité » (Ibid., p. 21).
(5) Cependant, l’idée, qui consiste à transformer l’esthétique en « science du beau » ou en « science de l’art », n’est pas nouvelle en philosophie. Depuis Baumgarten, les philosophes ont tenté cette aventure sans succès. Sans conversion finale, leurs spéculations sont restées des théories exclusivement philosophiques.
(6) On sait qu’Isou a étudié les plus grands spécialistes de l’esthétique : « Blücher, Souriau, Volkelt, Max Dessoir, Benedetto Croce, Ruskin, Fechner, Lipps, Semper, Grosse, Utitz, Hartlaub ». La Poésie lettriste de Jean-Paul Curtay, Editions Seghers, Paris, 1974, p. 10.
(7) Isidore Isou, La Créatique ou la Novatique (1941-1976), Editions Al Dante/Editions Léo Scheer, 2003, p. 359.
(8) Isidore Isou, Mes définitions de l’œuvre de Jean Cocteau, Editions Al Dante, 2000. Le texte a été rédigé en mai 1989.
(9) « Ayant beaucoup aimé l’art dans mon adolescence, au point de m’y consacrer comme à la première des tâches, plus tard je me suis longtemps débattu contre lui, en arrivant à croire à la nécessité organique et historique de sa mort totale. Aujourd’hui, ma réflexion sur l’ensemble de la Culture et de la vie m’a conduit à une position plus profonde et mieux ajustée aux propriétés réelles des disciplines du Savoir, le domaine esthétique se définissant à mes yeux comme une organisation émouvante d’un matériel donné, correspondant au besoin de volupté implanté pour toujours dans le vivant même ». Isidore Isou, La Créatique ou la Novatique (1941-1976), Editions Al Dante/Editions Léo Scheer, 2003, p. 369.
(10) Isidore Isou, Contre l’Internationale Situationniste 1960-2000, Editions Hors Commerce/D’Arts éditeur, 2001, p. 269.
24 février 2009
TOTH 01 : Roland Sabatier, "Partie de discours : refutatio"
Partie de discours : refutatio
1973, encre sut toile (15 X 21 cm) et mine de plomb sur les cimaises.
INSTALLATION :
La petite toile est encadrée et fixée sur une cimaise, bien mise en valeur à proximité de l’entrée du lieu d’exposition.
Sur les différents autres murs de ce même lieu des rectangles identiques seront tracés à la mine de plomb de manière à permettre à des visiteurs qui le désireront de reproduire l’œuvre placée en référence dans l’agrandissant imposé.
S’il est souhaitable que chaque intervenant réalise seul une copie, il reste néanmoins possible que plusieurs d’entre eux puissent, s’ils le désirent, se regrouper pour exécuter ensemble des détails ou segments d’une même reproduction.
Dans tous les cas cette dernière sera mise en oeuvre par tous les moyens désirés à l’aide de tous les manières ou interprétations possibles.
A la fin, chaque réalisation sera signée par son ou ses auteurs puis barrée (réfutée) d’un trait rouge diagonal par l’auteur principal.
Le 18 février 1973
COMMENTAIRE DE L'OEUVRE (non-publié dans TOTH n°1)
Cette oeuvre de Sabatier fait référence à l'art de la rhétorique et traite des limites de la réinterprétation d'un message. Il faut voir l'hypergraphie référente comme l'incarnation plastique d'un discours (puisque composée d'une suite de signifiants et de signifiés) mis à disposition d'un "auditoire" privilégié à qui on offre la possibilité de répéter, de transmettre le message initial. Cependant, chacun sait qu'un propos ne reste jamais intact une fois qu'il passe par une tiers personne : il perd en précision et se retrouve souvent faussé, déformé, trituré, faisant parfois perdre au discours de base son sens original, perverti par de multiples réinterprétations.
En appliquant cette réflexion à l'Art -et à l'Hypergraphie en particulier- l'artiste propose d'intégrer le principe de la réinterprétation aux arts plastiques. Ainsi, le public, tel un auditoire visuel, est invité à reproduire le plus fidèlement possible une oeuvre hypergraphique (le discours) de l'auteur. Ce dernier a évidemment conscience du risque qu'il fait prendre à l'intégrité de son oeuvre, c'est pourquoi il recours à un procédé dépendant lui aussi de la rhétorique : la réfutation, seule solution permettant à son discours hypergraphique de garder sa forme originale.
Il y a donc quelque chose d'à la fois diabolique et ironique dans cette oeuvre. Sabatier joue avec le public en lui faisant croire qu'il est libre de réinterpréter à loisir et en toute impunité son oeuvre, avec toutes les déformations que cela implique, pour ensuite réfuter d'un simple trait ces tentatives qui ne seront jamais totalement similaires au modèle originale. Il ne laisse aux spectateurs aucune chance, finalement, de... discuter, réduisant ses efforts à néant.
Par ailleurs, l'acte de réfutation devient geste esthétique, intégré aux recherches entamées par l'artiste depuis 1969 sur la polythanasie esthétique, procédé qui consiste en des négations et des anéantissements formels précis, touchant à l'ensemble des composants d'une oeuvre.
On pourrait donc définir Partie de discours : refutatio comme une hypergraphie participative polythanasée par réfutation.
Damien Dion
TOTH 01 : Tim Gaze, "hypergraphie"
Hypergraphie sans titre issue de Trois hypergraphies, Tim Gaze, in Toth n°1
07 décembre 2008
TOTH 01 EXTRAITS
Damien Dion
Le Lettrisme hier, aujourd'hui et demain :
"...Cependant, une brève analyse suffit à ne voir dans les pratiques et les conceptions de l'I.L qu'un ensemble de succédanés du Dadaïsme berlinois (usage du "détournement" —c'est-à-dire du collage— à des fins subversifs et politiques, à l'instar de Baader, Hausmann, Grosz ou Heartfield), du Surréalisme (les "dérives psychogéographiques" de l'I.L rappelant de manière troublante les promenades surréalistes au hasard des rues), ainsi qu'un Marxisme révolutionnaire maladroitement mélangé aux théories d'Isou sur le Soulèvement de la Jeunesse.La fondation de l'Internationale Lettriste n'est que le point de départ d'une succession de dissidences, toutes éphémères, qui jalonnèrent les années 1950..."
Elise Léger-Kermarec
Swing, peinture lettriste, 1947 :
"...cette œuvre propose un éventail des possibilités d’emploi de la lettre en peinture. Signifiante ou étonnante (en ne renvoyant qu’à elle-même et à ses possibilités de sonner voire aussi d’évoquer sans recourir au discours) elle permet de délivrer un message précis, autant que d’apporter un matériel de base propre à l’organisation d’un ensemble riche, formellement complexe et varié et ne s’appuyant pourtant que sur ses propriétés données. La lettre remplit ses fonctions d’objet précisément à toutes les échelles possibles en peinture selon divers modes d’assemblage, allant de la lettre simple aux variations par combinaison des éléments sources de molécules picturales neuves et jusqu’à son ordonnance logique, ici aménagées de façon à structurer l’espace et donc la lecture..."
Alain Satié
Le Dialogue ouvert, photographies sonores, observations :
"...Si les visiteurs du site décident de ne pas s’exprimer, de rester muet devant ces œuvres photographiques, leur décision relève quand même d’un acte provoqué : donc d’une prise de décision volontaire ; dans ce cas les photographies dialoguées ont quand même le mérite d’avoir incité cette décision — même négative, voire même nihiliste —, qui est déjà en soi une prise de position, une réaction contre l’œuvre et avec elle, corollairement, la réussite de l’œuvre..."
Sylvain Monségu
Individu, société, externité :
"...Car il y a bien à la base de l’économie nucléaire un princeps libéral et libertaire, que même un Marx n’aurait sans doute pas désavoué : aux antipodes d’un collectivisme abstrait et d’une analyse en terme de classes sociales en lutte, Isou renoue avec l’individu comme agent économique et réalité sociale, mais son sujet de référence n’est ni l’ouvrier, ni le salarié, ni le rentier, ni l’entrepreneur, il n’a pour lui que la gratuité d’une force de travail sans statut reconnu, extérieur au marché organisé, c’est l’externe « qui s’agite et lutte pour obtenir la place qu’il désire »..."
Eric Monsinjon
L'esthétique d'Isidore Isou :
"...Cette question aux résonances
kantiennes est d’une grande profondeur, y répondre revient à soulever certaines
incompréhensions. Sans doute est-ce parce qu’Isou élimine d’emblée toutes les
considérations générales sur le goût que cela a pour effet d’irriter les défenseurs
de la subjectivité en matière d’art. Cela ne surprendra nullement les êtres
imprégnés de culture avant-gardiste et pourra même sembler naturelle. Mais il
est un point sur lequel les détracteurs d’Isou se rejoignent, celui qui
consiste à critiquer sa condamnation des conceptions philosophiques plus
structurées. En effet, il dénonce violemment les visions des spécialistes de
l’esthétique, qui malgré leur hauteur spéculative, demeurent infiniment
« subjectives » et « insuffisantes »..."
04 décembre 2008
TOTH 01 SOMMAIRE
O3 : le lettrisme hier, aujourd’hui et demain...............damien dion
O7 : swing...........................................................isidore isou
O8 : swing : peinture lettriste, 1947...........élise-léger-kermarec
14 : sur deux écrits d'Isidore Isou.......................roland sabatier
16 : partie de discours (refutatio).......................roland sabatier
18 : le dialogue ouvert, observations..........................alain satié
2O : deux films infinitésimaux........................micheline hachette
21 : individu, société, externité........................sylvain monségu
24 : retour d’exposition............................anne-catherine caron
26 : le continuum entre texte et image..........................tim gaze
27 : trois hypergraphies..............................................tim gaze
28 : propositions pour les arts de la scène.................damien dion
3O : anne-catherine caron : l’art au carré.................damien dion
32 : l’esthétique d’isidore isou..............................éric monsinjon
36 : oeuvres diverses............................................damien dion
38 : paysage majeur................................anne-catherine caron
39 : oeuvres d’exstrophie esthétique....................roland sabatier
03 décembre 2008
TOTH 01
Le premier numéro de la revue Toth est sorti!
Pour vous le procurer, merci de nous contacter à revuetoth@yahoo.fr
TOTH 01 : 44 pages, 4 euros, décembre 2008, 21 x 29,7 cm
25 novembre 2008
Bienvenue
Bienvenue sur le blog de la revue TOTH, l'antipériodique lettriste.
Cette publication a pour objectif de :
-communiquer sur l'actualité du mouvement leetriste
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-diffuser des œuvres récentes, rares ou inédites
-défendre une conception de la culture exigeante et non-consensuelle, ennemie du nivellement par le bas





